Petit bilan après 4 mois sur les routes : Interview de SAM

Publié le par Délir'tour

Qu'est ce que tu retires de l'expérience jusqu'ici?
Ce voyage c’est du bonheur à l’état pur chaque jour. Chaque jour est une aventure en soi. J’ai fait des rencontres extraordinaires. J’ai traversé des paysages magnifiques. Après seulement 4 mois, je me sens déjà grandi de cette expérience. Je pense que j’ai aussi gagné en maturité. J’ai, par exemple, appris à me débrouiller quelque soit la situation qui se présente à moi. Et puis, ce voyage, c’est aussi une performance physique. Et ce n’était pas gagné d’avance comme je me suis très peu entrainé et que je suis parti un peu à l’arrache. Je crois qu’à mon retour en Belgique, je ne verrai plus les choses de la même façon. Je suis donc très heureux d’avoir entrepris cette aventure.

Es-tu fier de réaliser ce voyage? Quel regard portes-tu sur les nombreux kms déjà parcourus?
Le jour du départ, le 27 septembre, peu de gens pensait que j’irai au bout de ce voyage. Moi-même, dans un petit coin de ma tête, j’y pensais. Je me suis dit : « je vais m’arrêter du côté de Lobbes et je vais rester là quelques jours et puis je rentre. LOL » ! Aujourd’hui, à mi-parcours, je suis assez fier, c’est vrai, d’avoir déjà réalisé autant de chemin même si je ne me rends pas encore bien compte des kilomètres parcourus (6000km). Et quand je vois que la classe de Madame Delmarche de l’école de Biercée et les jeunes de Thuin me suivent, ça me touche énormément. Chaque matin, quand je donne les premiers coups de pédale, j’ai une petite pensée pour eux et ça me donne de la force pour toute la journée.

Les Européens, comment perçoivent-ils la Belgique ?
Yohann et Sergio, les deux cyclistes français et paraguayen, m’ont tous les deux posé la même question : Comment cela se fait-il qu’il y ait autant de conflits entre deux communautés dans un aussi petit pays ? Dans tous les journaux français, espagnols et portugais, il y a des articles sur les problèmes communautaires en Belgique. Notre pays fait couler beaucoup d’encre dans les journaux étrangers également. Je ne me rendais pas compte que ces querelles politiciennes dépassaient nos frontières. J’ai été très surpris de voir que les Européens connaissent la Belgique de cette manière.

As-tu eu des surprises ou des frayeurs à cause du temps ?
Le meilleur temps que j’ai eu, c’était le 31 décembre à Séville. Plein soleil et 21°. Je n’ai jamais connu un réveillon de Nouvel An sous le soleil et avec des températures aussi clémentes auparavant. Par contre, il y a quelques semaines, j’ai eu une belle frayeur. Tempête dans le Sud de la France. Alerte rouge dans toute la région. Le vent était tellement puissant que je n’arrivais plus à avancer. En plus, la nuit commençait à tomber. Je n’ai pas su faire un mètre de plus. J’ai dû m’attacher à un arbre avec mon cadenas pour ne pas m’envoler ! J’étais à plat ventre sur la route. Une dame m’a gentiment emmené jusqu’au camping municipal. Nous avons embarqué le vélo et la remorque dans sa voiture. Mais le camping était fermé. J’ai donc dû m’abriter dans les sanitaires restés ouverts. Le vent a soufflé jusqu’à 5h du matin. Les rafales ont atteint les 110km/h.

Quels ont été les moments les plus difficiles durant ces 4 mois ?
Le moment le plus dur, c’était le 27 septembre, le jour de mon départ. Quitter mes proches, partir à l’aventure, partir vers l’inconnu.
Autre moment difficile, lorsque ma maman, mon petit frère et mes amis thudiniens (les filles du Rapido, Pam et Simon Cool) m’ont quitté à Saint-Cyprien. C’était super de les revoir et j’ai beaucoup apprécié cette surprise. Ca m’a permis de recharger mes batteries pour continuer l’aventure. Mais après leur départ, je n’ai pas pu m’empêcher de verser quelques larmes. Impossible de ne pas craquer.
Et puis, il y a aussi tous les gens qui  m’accueillent. Toutes les rencontres sont plus riches les unes que les autres. Je m’attache très vite à tous ces gens très généreux et chaleureux. L’émotion est donc au rendez-vous à chaque séparation. J’ai deux exemples assez marquants de séparation difficile. Le premier, c’est lorsque j’ai dû quitter la communauté que j’ai rencontrée en Vendée. Ils vivent à 6 dans une superbe maison et ils organisent des évènements culturels dans la région. Là, j’ai fait une rencontre plus qu’amicale. Une des fille de la communauté m’a même demandé en mariage !!! Le deuxième exemple, c’est dans un tout petit village en Espagne, appelé San Pedro. Un magnifique coin de paradis, complètement isolé derrière les montagnes. J’ai mis deux heures pour y accéder. Mais ça valait vraiment la peine de faire ce petit crochet.

Peux-tu nous raconter quelques anecdotes ?
A Salir Do Porto, j’ai eu la visite d’une chauve-souris dans ma tente. J’ai bien eu la frousse. Réveil plutôt effrayant en plein milieu de la nuit ! 2 jours après, j’ai eu la visite de 10 000 fourmis sur mon chocolat !
En Vendée, je devais m’arrêter un jour. Finalement, je suis resté 1 semaine ! J’ai participé à la fête de la bière belge. J’ai dû leur montrer comment préparer un bar et comment aller plus vite pour servir.
Un jour, j’ai réussi à avoir 5 crevaisons en même temps ! Une à l’avant, deux à l’arrière et deux sur la remorque ! J’ai mis 3h pour refaire les 5 crevaisons !

Côté technique, justement, tu as beaucoup d’ennuis avec le vélo ? Crevaison, réparations quelconques…
J’ai déjà usé 3 paires de patins de frein et 3 chambres à air. Les freins s’usent assez vite quand il pleut. Et j’ai dû remplacer un maillon de chaine, le dérailleur, les pignons et le pédalier. Maintenant, j’arrive à changer ma roue en moins d’une heure. ;-) Un jour, nous avons eu des problèmes techniques, Yohann et moi. Alors, nous avons cherché un réparateur. Après de multiples demandes, on nous a conseillé d’aller chez le docteur Léon. Extraordinaire rencontre. Il nous a montré des photos d’autres cyclistes voyageurs qui sont passés chez lui pour des réparations. Il nous a donné quelques trucs. Et il a réparé les deux vélos pour la modique somme de 7€/personne.

Comment envisages-tu la suite de ton périple ?
Je me dirige à présent vers l’Italie. J’ai quand même un peu peur pour la suite du voyage. J’espère que la langue ne sera pas une barrière. Jusqu’ici, c’est vrai, que j’ai traversé 4 pays (Belgique, France, Espagne et Portugal) et la langue n’a pas vraiment été un problème. Ensuite, en Grèce, j’espère que ce ne sera pas trop compliqué car les panneaux ne sont pas écrits de la même façon. Je vais atteindre la partie la plus difficile de mon voyage en Grèce, en Roumanie et en Bulgarie. Ca risque d’être complètement différent à beaucoup de points de vue (langue, écriture, mentalités, paysages,…). Ensuite, j’arriverai en Pologne, pays que je connais un peu puisque j’ai déjà eu l’occasion de m’y rendre avec des amis. Mais je reste confiant. Je sais qu’avec les gestes, c’est assez facile de se faire comprendre

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